Nous sommes le 5 janvier 2016… il est 5h du matin… il ne
fait pas un temps d’hiver sauf pour ceux qui passent leur nuit sous les
cartons…
Les grosses poussées de reconnaissance des mérites de
Monsieur Ait Ahmed s’estompent graduellement… On voulant tellement en dire, on
en a trop dit… jusqu’à lui reconnaître je ne sais quel mérite d’avoir eu dans
un vague auditoire un président américain qui a laissé pour sa postérité surtout
l’idée que son éducation prêtait à caution…
Les hommages rendus à cet exilé volontaire ont frisé
l’adulation et ses laudateurs post mortem n’ont épargné à ses adversaires
politiques aucune insulte alors que depuis cinquante ans il s’était installé
dans le zaimisme qu’il avait combattu et qu’il ne s’est jamais résolu à
instaurer dans son propre parti le
démocratisme dont il a fait son cheval de bataille…
On aurait pu, maintenant que le vieux leader a rejoint ses
camarades, louer ses mérites en évitant d’écorcher les leurs. Tout le monde
sait dans quelles conditions fut menée la lutte armée et tout le monde doit
deviner que dans ses conditions comme dans d’autres, la conscience révolutionnaire ne peut jamais
être pure au point d’occulter les ambitions de ses porteurs, les jalousies et
les animosités personnelles, les jeux de clans, les alliances et les coups bas…
Et ce n’est pas très sain de cultiver la noblesse du combat
d’un homme, non pas en fonction des ignominies qu’il combattait mais des seules
perfidies présumées de ses pairs en le présentant comme le seul à ne pas en
avoir eues ni usées…
Mais il faut reconnaître qu’en ce pays qui sait si bien se
mordre la queue, les thuriféraires de Monsieur Ait Ahmed ne font pas exception…
Il ne meurt pas en effet un artiste sans qu’on ne vienne
fustiger ses pairs et non louer son art, faisant de son martyrologe présumé son
plus grand mérite… Il ne se trouve pas un sportif que la maladie happerait sans
qu’on ne s’en prenne à ses coéquipiers qu’on accusera d’ingratitude car on a
appris à redorer les blasons ternis non pas en ressuscitant les gloires passées
mais en culpabilisant celles qui ont l’outrecuidance de continuer à briller… On
n’honore pas la mémoire d’un commis de l’Etat en citant ses prouesses mais en
étalant seulement ses déboires parfois purement symboliques…
Il est vrai que pour le cas de l’illustre défunt, il a sa
décharge un des secrets du maintien en l’état de tout son prestige car le
prestige d’un homme politique ne s’émousse gravement qu’au contact de la
réalité de la gouvernance…. Son ninisme proverbial qui n’affamait pas le loup et en ne lésait pas le berger lui
a été bien plus payant qu’un engagement résolu qui lui aurait imposé de prendre
parti pour l’un des protagonistes de nos joutes politico-militaro-religieuses
ou d’accepter de mettre la main à la pâte …
Et la remise en cause systématique de tout « système » de gouvernance est
assurément plus facile et plus payante que l’implication directe dans cette
gouvernance… on comprend en la matière toute
la pertinence de la citation qui affirme que « La critique est aisée mais
l’art est difficile » qu’on impute à un comédien, Monsieur Philippe Néricault qui n’aurait pas
laissé derrière lui d’œuvres notoires mais seulement deux autres citations pour
sa postérité : « les absents ont toujours tort » et « chassez
le naturel, il revient au galop »…
Trois citations dont nous ne pouvons contester la justesse car elles sont entrées dans nos moeurs…

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