samedi 30 janvier 2016

AISANCE ET STERILITE



Bonjour... Nous sommes le 31 janvier 2016... il est 5h du matin...

C'est le printemps et les soucis, les oxalys et la camomille ont déjà fleuri  

Un ami qui entretenait une roseraie sous serre à Ain Taya m'expliquait un jour qu'il en commandait la floraison en jouant sur l'instinct de conservation des rosiers... Ainsi, s'il voulait des fleurs à la Saint Valentin, période propice pour la demande, il assoiffait sa plantation selon un décompte précis de journées à l'avance...

Les rosiers me disait-il, développaient leurs fleurs, c'est à dire les semences qui sont sensées les perpétuer, dès qu'ils sentaient qu'ils étaient en danger de mort...sinon, irrigués et bien nourris en engrais, ils se laissaient pousser sans trop s'inquiéter...

J'ai compris ce jour là que la fleur ne nait pas de l'insouciance et de la bombance mais des privations et du stress... et ne symbolise ni la vie ni la mort comme on se plait à juger le chrysanthème et le muguet, mais cette irrésistible pulsion instinctive que la nature a insufflée en toutes choses pour que la vie continue...

Et je me suis dit que l'homme obéit peut être à la même logique puisque ses pulsions reproductives ou productives sont inversement proportionnelles avec son aisance matérielle et son espérance de vie,  et liées directement à sa misère sociale et son angoisse existentielle...

Je dis reproductives et productives car l'homme a aussi la faculté de transcender son instinct de conservation en laissant à la postérité, non pas la descendance qui le conservera mais  l'oeuvre qui en perpétuera le souvenir et c'est à mon avis, de là qu'est né le génie, qu'il soit créateur ou destructeur (parce qu'il y'a aussi un génie destructeur)...

C'est en ça qu'il faut considérer que ce satané pétrole est une malédiction car il a découragé notre fécondité en nous donnant à croire que nous n'avions rien à craindre pour notre devenir.

Et c’est pour ça que la chute des prix du brut pourrait être salutaire car elle devrait libérer nos potentialités en accentuant notre instinct de conservation... la sécheresse aussi car elle forcera nos initiatives à fleurir comme elle l'a fait pour nos oxalys, notre camomille et… nos soucis !...

vendredi 29 janvier 2016

APRES LE SYSTEME, LE DELUGE

Bonjour... Nous sommes le samedi 30 janvier 2016...

Comme il en était attendu, le Conseil Constitutionnel a rendu sa copie dans l'indifférence citoyenne... Ce qui a fait réagir Ouyahia qui a profité de l'occasion pour tacler Saidani afin de donner un semblant de mouvement à l'immobilisme d'une gestion sans relief que le pays supporte depuis que son président a perdu l’usage de ses postillons...

C'est certainement cette indifférence citoyenne qui a convaincu les initiateurs de la révision constitutionnelle de lui éviter les suffrages d'un  peuple qui a la tête dans les nuages et qui attend plutôt la pluie que les textes qu'il sait ne valoir que par ceux qui les appliquent...et de privilégier l’oukase en la faisant voter par des chambres qui ont toujours voté ce qu’on leur a demandé de voter en laissant quelques faux indignés monter au perchoir pour exprimer une colère trop véhémente pour être sincère, trop théâtrale pour ne pas être vaine…

La guerre des mots entre frères ennemis,  de la Révolution, de la coalition présidentielle, et des courtisans et courtisane  s'estompe elle aussi faute d’intérêt citoyen pour les racontars, les débilités et  les lâchetés et surtout parce que le gros de la troupe sait que ça ne fait ni boire ni manger au moment où la menace sur le pain et l'eau deviennent réalité conjuguée de la Loi des Finances et du climat...

Elle est remplacée par une inédite guéguerre entre des partisans qu’on croyait si unis que  « un seul couteau les égorgerait »… et cela ajoute à l’incompréhension et à la déprime du peuple qui voit s’écrouler un à un ses mythes si longtemps cultivés et s’effriter ses totems et les symboles qu’il leur prêtait…

Le doute atteint le peuple même sur ses « constantes » qui s’ébranlent une à une sous les coups pernicieux que n’arrêtent pas de leur administrer les gardiens des temples qui les enlacent à les étouffer…

C’est dans cette ambiance où le passé finit par s’avérer supercherie et le présent incurie, qu’on donne au peuple une feuille de route pour un futur que rien ne garantit…

La  cohésion sociale nécessaire à la formation de toute nation se construit aussi autour des mythes… en ne faisant rien contre ceux qui s’acharnent à les détruire, ce pouvoir incolore qui fait preuve de cynisme en donnant à croire qu’il fait dans le réalisme conduit le pays vers le nihilisme…


MIMETISME

Bonjour… nous sommes le 29 janvier 2016… il va être 10h et je n’ai pas à m’excuser d’être toujours au lit car c’est vendredi et en mon pays, si nombre de concitoyens ont décidé de mimer le Prophète dans son régime alimentaire, ses costumes et tous ses faits et gestes, l’état islamique qui nous sert d’état constitutionnel nous oblige depuis  1976 à imiter Dieu lui-même en nous octroyant un repos après nos six jours de grandes œuvres…
Je ne suis quand même pas très sûr que notre religion ait parlé de repos divin du 7e jour car nous avons toujours cru en toute logique en un Dieu infatigable… je crois que ce sont d’autres croyances qui parlent de ce repos mais ce n’est hélas, pas la seule idée fausse que nous avons fait nôtre alors qu’elle ne figure en nul verset de notre Livre Sacré… 

Je crois même que cette option n’est pas sous-tendue par l’idée de repos mais pire encore, par l’idée de « djihad » au sens de surpassement de soi… mais pas en matière d’efforts à faire pour sortir de la mouise d’ici bas… non… c’est plutôt en matière de prières collectives à accomplir, toutes affaires cessantes,  pour espérer la félicité dans l’au-delà…

A moins que  l’idée de choisir un autre jour que le jour dit «  universel » ne nous soit venue de notre propension maladive à nous inscrire dans la différence par rapport aux autres afin de nous prouver que nous sommes… différents !... alors que nous n’avons pas besoin de prouver quoi que ce soit en la matière car nos différence sautent aux yeux… et souvent même, à la gorge !...

J’arrête là cette digression sur ce sacré jour en espérant que je n’aurais pas suscité l’ire parfois mortelle des puristes de la foi et je vais parler de choses plus profanes…

C’est  peut être par mimétisme de  l’American way of life que Roosevelt, son 4e mandat et sa chaise roulante se soient réincarnés chez nous depuis Avril 2014 et c’est certainement aussi  en vertu de ce mimétisme que notre DRS a connu le sort de l’OSS qui, l’histoire nous l’apprend, a été remplacé le 29 janvier 1945 par la CIA  qui fut placée sous l’autorité du Président… un peu comme on vient de le faire chez nous en créant le DSS…

Je ne sais pas si nous devons attendre aussi longtemps que les « Amis Requins »  pour déclassifier les dossiers du défunt DRS… je présume seulement que nous aussi, nous aurons beaucoup de surprises en retrouvant parmi les noms des « espions »  ceux de personnages qu’on n’aurait jamais soupçonné d’intelligence avec notre « intelligence agency » comme les américains le furent en y lisant les noms de John Hemingway, le fils de l'écrivain, des fils et petit-fils de Theodore Roosevelt ; Arthur Schlesinger, qui fut l'ami et l'historien de John F. Kennedy ;  Arthur Goldberg, qui devint juge à la Cour suprême des États-Unis ;  Ralph Bunche, sous-secrétaire aux Nations unies, et Prix Nobel de la paix en 1950,  John Ford qui n’est pas à présenter et même … Lucky Luciano le gangster !.

Je vois pour ma part des prémices du « soug msekref » qui suivra cette déclassification dans la polémique qui a surgi entre Saidani et Hanoune au sujet du parrainage du PT par qui on sait,  et dans la toute dernière querelle entre deux représentants attitrés du pôle dit « démocratique » où l’un accuse l’autre de lui avoir présenté qui on sait…

Et si ce déballage s’effectue en parallèle avec l’éventement des archives d’Aix en Provence, vous devinez un peu la pagaille à laquelle nous allons assister !...

Au fait, c’est le 29 janvier 1842 qu’est mort un homme dont un seul mot a fait la postérité…

Je veux parler du digne Monsieur de Cambronne… hachakoum !

jeudi 28 janvier 2016

VELO ET FAUTEUIL

Bonjour... Nous sommes le jeudi 28 janvier 2016... Je suis au boulot depuis 7H... il fait toujours nuit et le temps est brumeux... 

J'ai acheté les journaux du jour... je n'ai pas trouvé grand chose hormis le départ de Taubira et la manifestation de deux centaines de supporters de la JSK pour exiger pour la énième fois le départ de Hannachi.

Hannachi qui ne s'en ira pas, tout comme Sidi Said, Raouraoua et Louiza Hanoune ou d'autres élus car les gens qui prennent racine dans leurs fauteuils croient que le confort de leurs postérieurs fait leur postérité  et préfèrent continuer à les occuper même en chaises roulantes, jusqu'à ce qu'ils en soient éjectés par la mort ou par le coup de pied... Et puis, toutes ces reliques du Jurassique se sont tellement avachies sur leur statut qu'elles n'ont plus la souplesse qui leur permettrait d'enfourcher le vélo salutaire du ras-le-bol... 

Autre lecture matinale,  celle d'Ennahar qui fait sa une sur les tribulations du fondateur d'El waad essadek, Salah Moulay ... Un Salah Moulay, piètre escroc aumalien qui a réussi à faire la une de piètres journaux en ce pays où seules la piètrerie et la pitrerie paient... 

Ennahar qui annonce aussi le lancement aujourd'hui des inscriptions en vue du tirage au sort pour le pèlerinage qui s'effectuera le 5 mars si Dieu et le prix du baril le veulent,  pour permettre aux heureux élus d'aller se faire pardonner leurs pêchés accumulés au cours de leur vie en participant aux processions, prières et lapidations rituelles qui font le bonheur des saoudiens,  coupables par ailleurs de notre descente aux enfers de la crise pétrolière et des autres effets d'une politique de domination cultuelle et culturelle, qui représente incontestablement la matrice de la violence théologique dont souffre notre petit monde...  J'arrête ici ma phrase parce qu'elle est trop longue mais aussi parce qu'elle est capable de me mener trop loin...

Sinon, l'actualité reste dominée par les enfants dans le dos qu'on fait à Louiza Hanoune pour lui faire payer ses sorties tonitruantes. Et dans cette affaire, c'est  le ministère de M. Bedoui qui donnait l'impression d'avoir échappé aux tentations politiciennes pour se consacrer à techniciser les rapports de l'administration avec les administrés qui semble revenir au pêché zerhounien en s'impliquant dans les salades internes d' un parti qui sont du ressort de ses militants ou, à la limite, de la justice... 

Comme quoi vous avez beau chasser le naturel d'un ministre de l'Intérieur, fût-il aussi sympathique que Monsieur Bedoui,  il revient toujours au galop...

Aya bonne journée !





mardi 26 janvier 2016

TIMING LOUCHE

Bonjour... nous sommes le 27 janvier 2016... Il est 4h du matin.

C'est en ce jour de l'année 1945 que l'Armée Rouge a libéré le camp d'Auschwitz et c'est en souvenir de cet événement que cette date a été consacrée à la mémoire des victimes de l'holocauste...

Je ne sais pas si des dates ont été réservées aux autres abominations commises de par le monde contre d'autres peuples qui furent « génocidés » tout au long du parcours tumultueux et tragique de l'histoire mais dans ce monde à l'indignité sélective, il est peu probable qu'on reconnaisse un jour que l'ignominie du massacre des amérindiens, la traite des esclaves ou les guerres coloniales puissent égaler en symbolisme intéressé la (présumée) « solution finale » imputée au nazisme...

Il y'a des peuples élus et il y'a ceux qui ne le sont pas !

Et le nôtre ne l'est pas puisqu'il ne peut même pas aspirer à quelques excuses de la puissance qui l'a asservi durant près d'un siècle et demi, le spoliant de ses richesses et exploitant sans vergogne sa force et sa sueur...,

Ce n'est pas pour exiger de la France son repentir pour ce qu'elle a fait endurer à ce peuple que le ministre des Moudjahidines a été invité, (pour ne pas dire convoqué)  en « métropole » chez l'ancienne tutelle mais pour discuter , selon lui, des archives, des disparus et des dédommagements que la Fafa serait disposée à octroyer aux seules victimes de ses essais nucléaires et non aux invalides de guerre, aux orphelins, aux pauvres hères qui ont dû suer sang et eau pour survivre dans ses exploitations coloniales sans aucune assurance qui leur aurait permis de jouir d'une quelconque retraite ou de la prise en charge de leur santé...

En réalité et vous verrez, notre ministre sera acculé plutôt à reconnaître les torts imputés à notre pays pour les départs précipités des français d'Algérie  et peut-être même leur dédommagement pour tout ce qu'ils ont perdu et la tragédie d'Oran, survenue en pleine anarchie surpassera dans l'argumentaire de ses interlocuteurs toutes les épreuves que la France a fait subir à notre peuple depuis les enfumades de Pelissier, jusqu'au napalm et à la gégène des années de boue et de sang en passant par les massacres de 1945... et la France qui, contrairement à notre pays,  a su garder toute sa cohérence malgré les divergences politiques apparentes,  essayera même de nous renvoyer le problèmes des harkis qui empoisonnent son existence et compromettent son devenir de nation "gauloise" comme le veulent tous ses immigrés... italiens, espagnols, polonais et… hongrois qui veulent lui redonner sa « pureté raciale » expurgée de sang oriental…

On ne négocie pas quand on se trouve en position de faiblesse, on subit les dictats… Et l’Algérie, qu’on le reconnaisse ou pas, est en position de faiblesse !

L’ « invitation » lancée à notre ministre n’est pas fortuite et son timing est bien choisi… La France l’a par ailleurs bien préparée en intimant dans le secret de ses officines l’ordre à tous ses agents de crier en même temps afin de semer le doute sur tous ceux qui possédaient une quelconque écharpe nationaliste autour du cou… et on a vu le « soug msekref » que cette cacophonie a générée… La divulgation des archives réelles ou contrefaites finira par détruire beaucoup d’illusions en faisant tomber, à tort ou à raison, beaucoup de masques…

Et il n’y’aura personne de ce côté-ci pour mettre le holà à cette descente de la Révolution aux enfers de la suspicion puisque le terrain aura été déblayé par les mesures successives que l'on sait…

Et notre ministre qui aurait dû s’éviter ce voyage périlleux pourra tout au plus négocier un accord à la Berlusconi-Kadhafi pour régler notre contentieux de la même manière que fut réglé le contentieux historique très lourd entre l'Italie et la Libye en transformant les dettes reconnues en crédit d'investissements au profit des entreprises hexagonales, ce qui sera tout bonheur pour l'économie française dont les "opérateurs" pourront réoccuper le terrain sans bourse délier ni compétition supporter aussi bien des sociétés étrangères exclues de droit que des opérateurs de l'intérieur exclus de fait pour leur insignifiance, leur inconstance, leurs inconséquences, leur indigence ou leur incompétence ...

Il est quasi certain que cet accord existe en ces termes ou en termes plus défavorables et que notre ministre n’a été convoqué que pour lui donner la caution « morale » qui lui manquait…


Aya Bonne journée !

lundi 25 janvier 2016

EN ATTENDANT GODOT

Bonjour… Nous sommes le 26 janvier 2016… il est 5h… il fait toujours très nuit… le temps est toujours au beau fixe en attendant les neiges prévues pour le vendredi…

L’ambiance politique est à l’expectative et rien ne semble plus pouvoir faire sensation, même la dissolution du DRS et les séismes qui ont frappé l’Espagne et le Maroc…

Saidani et Tliba se sont tus, n’ayant plus de sucre à casser sur le dos des généraux déchus… Saïd Sadi ne fait plus s’entrechoquer les ossements des cadavres, Ouyahia a délégué sa verve à Seddik Chihab qui croit tout dire mais ne dit rien, les 3 B (Benflis, Benbitour et Benouari) n’insistent plus sauf quand Benflis entrouvre sa porte pour crier un slogan puis la referme… 

Amara Benyounès et Sidi Said ont certainement compris que si la parole est d’argent le silence est d’or,  Ghoul ne fait plus l’ogre de service et Louiza Hanoune s’essaie à quelques gesticulations  sans mordant car sans conviction, importunée par l’odeur de brûlé qui se dégage de sa propre robe…

Dans les journaux, les billettistes et chroniqueurs ne savent plus quel sujet à controverse enfourcher et continuent à fustiger l’islamisme en s’attaquant à ses effets et en occultant ses causes.

La rue, elle,  attend Godot entre deux appels à la prière.

L’impact des augmentations des prix des carburants est visible sur les routes où la circulation se délite progressivement permettant à Haddad une plus grande mobilité de ses camions et engins qui occupent tout le territoire de la République en agressant les citoyens de leurs couleurs stressantes… et entre deux chantiers et deux barrages, on essaie tant bien que mal de ralentir comme on peu ce qui reste des voitures en circulation pour ne pas trop dépayser l’usager habitué aux bouchons des temps bénis des concessionnaires auto...

Le JT qui n’a rien à montrer s’attarde sur l’air toujours catastrophé d’un Bedoui annonçant une nouvelle mesure administrative comme s’il annonçait un crash ou un naufrage et les cheveux de Faraoun qui devrait vite fait changer de coiffeuse ou du moins de teinte pour ne plus faire la Khalida Toumi parce que ça ne lui  va sincèrement pas…

Le Conseil Constitutionnel entretient un faux suspense comme le font les inénarrables comités Aissa-Mohammediens de surveillance du croissant lunaire des veilles du Ramadhan en attendant le SMS…

Sa réponse au projet de révision constitutionnel passera inaperçue malgré les lectures qu’en feront les palabreurs qui occupent les colonnes des journaux et les plateaux des télévisions, le peuple déconnecté répondant comme à son habitude  par la voix des femmes par un « klamkoum rah fi wedhni » avant qu"elles ne reprennent le suivi assidu de leurs émissions culinaires, et celle des hommes dans le même ton mais à la manière plus verte des sétifiens, avant de reprendre le rituel de leurs ablutions-prières...

Je ne sais pas, dans pareille ambiance comment vous voulez de moi que je puisse vous écrire une matinale qui vous emballerait…


Aya bonne journée quand même.

dimanche 24 janvier 2016

LES EXEGETES DE LA HAINE

« Et ils dirent : « Seigneur, nous avons obéi à nos chefs et à nos grands. C'est donc eux qui nous ont égarés du Sentier. Ô notre Seigneur, inflige-leur deux fois le châtiment et maudis les d'une grande malédiction » (Sourate 33 - versets 67-68)
« Malheur à vous, docteurs de la loi et pharisiens hypocrites, qui êtes semblables à des sépulcres blanchis, qui au dehors paraissent beaux, mais qui au dedans sont pleins d’ossements de morts et de toute sorte de pourriture (Matthieu 27).


Sidna Aissa  n’a eu que mansuétude, compassion et amour pour les humbles les rassurant sur la miséricorde divine ; par contre, il n’a pas arrêté de fustiger et de menacer des pires tourments les pharisiens, tenants du rigorisme religieux qui avaient fondé un parti politique basé sur la religion et qui n’arrêtaient pas de diffuser et d’imposer des prescriptions aux croyants ; corsant à l’extrême la pratique religieuse et éloignant la foi de son essence pour en faire un puzzle compliqué dans lequel les artifices corporels, vestimentaires et rituels était conçus comme vecteurs essentiels de la spiritualité…

On sait comment l’intégrisme incarné par ces pharisiens réagit alors face à ce révolutionnaire qui s’était résolument opposé à l’hypocrisie et au culte des apparats…

Plus loin, Sidna Brahim dut subir le feu des tenants du rigorisme qui voyaient en ses attaques contre leur fonds de commerce religieux une menace pour leur statut de directeurs des consciences de la cohorte humaine dont ils exploitaient la naïveté et profitaient de la peur,  qu’ils entretenaient par la menace des tourments de l’enfer,  en cas de non inféodation à leurs thèses…  Des tourments qu’ils avaient incrustés dans les subconscients par l’effet d’un matraquage en règle…

Et plus près, c’est Sidna Mohamed qui dut lutter devant la coalition tripartite des idolâtres et des prêtres et rabbins qui, chacun à sa façon, façonnaient les consciences, à coups de décrets visant à les faire prisonniers de dogmes qu’ils ne corsaient que pour mieux s’imposer en passages obligés pour les expliciter, se faisant ainsi représentants inévitables de Dieu sur terre.

C’est dire que là où il y’a théologie il y’a obligatoirement formation d’un « clergé » qui la moule selon ses intérêts pour en faire son idéologie, n’hésitant pas à s’imposer au pouvoir politique et à lui faire adopter ses décrets dans une alliance de tous bénéfices pour les deux parties…

Quant cette jonction du spirituel dénaturé et du temporel qui lui est complice se réalise, le peuple est condamné à boire le calice jusqu’à la lie !... 

Sachant que  tout statisme lui est fatal ; le pouvoir combiné qui atteint très vite ses limites en matière de gouvernance et de satisfaction des exigences temporelles de la foule, ne trouve d’autres alternatives que de rentrer dans la surenchère spirituelle pour la noyer de rhétorique et,  faute de pouvoir assurer l’ordre, la justice et le pain, il promet à cette foule la félicité de l’au-delà car impuissant à la faire sortir de l’enfer d’ici-bas.

Il fait alors feu de tous bois en réexpliquant les préceptes, ajoutant à chaque fois les notes les plus saugrenues et parfois les plus choquantes, inventant de nouvelles règles, justifiant l’injustifiable et cherchant une logique spirituelle à toute incongruité en ayant pour seul fil directeur la volonté de réduire les libertés humaines en cadrant les convictions et en réglementant les pratiques dans une seule direction : celle qui fera de l’homme la brebis docile prête à substituer à son Créateur, le directeur de conscience qui s’en est proclamé représentant…

Quand il lui arrive de s’organiser et de se hiérarchiser, ce clergé arrive à se doter d’une autorité spirituelle (Pape, grand Rabbin, Ayatollah ; Mufti…); ce n’est pas pour autant qu’il perd de sa capacité de nuisance, mais il a au moins le mérite de circonscrire cette nuisance au canal dans lequel elle opère et dont l’écluse ne s’ouvre et se ferme que par le chef spirituel consacré auquel sont confiées les clés du pouvoir absolu…

L’alternative de démocratiser la foi n’est pas pour autant moins néfaste !  Quand ce clergé est livré à n’importe quel « savant de la foi » on  se retrouve en effet dans une tragique cacophonie …

C’est précisément la situation que vit l’Islam Sunnite qui, s’il a un Dieu, un Prophète et des doctrines plus ou moins proches, ne dispose point d’un porte-parole ou d’une autorité morale consacrée, capable de filtrer, contrôler, censurer les exégèses; ce qui lui vaut de se faire interpréter par une foultitude de nouveaux prophètes qui tirent leur notoriété  et souvent aussi leurs richesses de leur fatwas…

Des fatwas à en veux-tu en-voilà, des fatwas à volonté  et dont l’excentricité fait l’intérêt ; des fatwas qui disent la chose et son contraire, qui justifient ce qui, hier était tabou, qui autorisent  ce qui était séculairement proscrit ou proscrivent ce qui était séculairement permis. 

Des fatwas salaces parce que leurs auteurs savent que la salacité en ces terres de l’interdit sont payantes, des fatwas misogynes parce que leurs auteurs savent toutes les frustrations que cultivent leurs auditoires, des fatwas qui font la part belle aux violences car leurs auteurs connaissent tout le potentiel de férocité caché par les peuples auxquels elles sont destinées parce que trop longtemps asservis et brimés… 

Mais cette frénésie exégétique et ce foisonnement d’imams cathodiques s’explique aussi, comme tout commerce, par le principe consacré de l’offre et de la demande... Très souvent, pour ne pas dire toujours, c’est le peuple qui oriente le prêcheur en eau trouble vers la fatwa qui assouvit son désir, son intérêt, ses pulsions, ses besoins, ses ressentiments… l’Imam de circonstance ne joue alors que le rôle d’alibi religieux ; et quand il refuse, par honnêteté, comme le valeureux Cheikh El Bouti, de s’inscrire dans la logique qu’on veut lui imposer et qui se situe souvent aux antipodes de l’esprit de la foi qu’il professe, il se fait crucifier par les  rhéteurs, sous les applaudissements des zélotes…


C’est cette propension à adapter l’homme à la bassesse de son instinct et non à l’élever à la hauteur de son esprit qui a permis un jour, en ces terres,  à  d’arrogants,  tonitruant et haineux Savonarole de s’imposer au détriment du monument de modestie, de sagesse et de raison  que fut Abderrahmane El Djillali…