« Et ils dirent : « Seigneur, nous avons obéi à nos chefs et
à nos grands. C'est donc eux qui nous ont égarés du Sentier. Ô notre Seigneur,
inflige-leur deux fois le châtiment et maudis les d'une grande malédiction »
(Sourate 33 - versets 67-68)
« Malheur à vous, docteurs de la loi et pharisiens
hypocrites, qui êtes semblables à des sépulcres blanchis, qui au dehors
paraissent beaux, mais qui au dedans sont pleins d’ossements de morts et de
toute sorte de pourriture (Matthieu 27).
Sidna
Aissa n’a eu que mansuétude, compassion
et amour pour les humbles les rassurant sur la miséricorde divine ; par contre,
il n’a pas arrêté de fustiger et de menacer des pires tourments les pharisiens,
tenants du rigorisme religieux qui avaient fondé un parti politique basé sur la
religion et qui n’arrêtaient pas de diffuser et d’imposer des prescriptions aux
croyants ; corsant à l’extrême la pratique religieuse et éloignant la foi de
son essence pour en faire un puzzle compliqué dans lequel les artifices
corporels, vestimentaires et rituels était conçus comme vecteurs essentiels de
la spiritualité…
On sait
comment l’intégrisme incarné par ces pharisiens réagit alors face à ce
révolutionnaire qui s’était résolument opposé à l’hypocrisie et au culte des
apparats…
Plus loin,
Sidna Brahim dut subir le feu des tenants du rigorisme qui voyaient en ses
attaques contre leur fonds de commerce religieux une menace pour leur statut de
directeurs des consciences de la cohorte humaine dont ils exploitaient la
naïveté et profitaient de la peur,
qu’ils entretenaient par la menace des tourments de l’enfer, en cas de non inféodation à leurs
thèses… Des tourments qu’ils avaient
incrustés dans les subconscients par l’effet d’un matraquage en règle…
Et plus
près, c’est Sidna Mohamed qui dut lutter devant la coalition tripartite des
idolâtres et des prêtres et rabbins qui, chacun à sa façon, façonnaient les
consciences, à coups de décrets visant à les faire prisonniers de dogmes qu’ils
ne corsaient que pour mieux s’imposer en passages obligés pour les expliciter,
se faisant ainsi représentants inévitables de Dieu sur terre.
C’est dire
que là où il y’a théologie il y’a obligatoirement formation d’un « clergé » qui
la moule selon ses intérêts pour en faire son idéologie, n’hésitant pas à
s’imposer au pouvoir politique et à lui faire adopter ses décrets dans une
alliance de tous bénéfices pour les deux parties…
Quant cette
jonction du spirituel dénaturé et du temporel qui lui est complice se réalise,
le peuple est condamné à boire le calice jusqu’à la lie !...
Sachant que tout statisme lui est fatal ; le pouvoir
combiné qui atteint très vite ses limites en matière de gouvernance et de satisfaction
des exigences temporelles de la foule, ne trouve d’autres alternatives que de
rentrer dans la surenchère spirituelle pour la noyer de rhétorique et, faute de
pouvoir assurer l’ordre, la justice et le pain, il promet à cette foule la félicité
de l’au-delà car impuissant à la faire sortir de l’enfer d’ici-bas.
Il fait
alors feu de tous bois en réexpliquant les préceptes, ajoutant à chaque fois
les notes les plus saugrenues et parfois les plus choquantes, inventant de
nouvelles règles, justifiant l’injustifiable et cherchant une logique spirituelle
à toute incongruité en ayant pour seul fil directeur la volonté de réduire les
libertés humaines en cadrant les convictions et en réglementant les pratiques
dans une seule direction : celle qui fera de l’homme la brebis docile prête à
substituer à son Créateur, le directeur de conscience qui s’en est proclamé
représentant…
Quand il
lui arrive de s’organiser et de se hiérarchiser, ce clergé arrive à se doter
d’une autorité spirituelle (Pape, grand Rabbin, Ayatollah ; Mufti…); ce n’est
pas pour autant qu’il perd de sa capacité de nuisance, mais il a au moins le
mérite de circonscrire cette nuisance au canal dans lequel elle opère et dont
l’écluse ne s’ouvre et se ferme que par le chef spirituel consacré auquel sont
confiées les clés du pouvoir absolu…
L’alternative
de démocratiser la foi n’est pas pour autant moins néfaste ! Quand ce clergé est livré à n’importe quel «
savant de la foi » on se retrouve en
effet dans une tragique cacophonie …
C’est
précisément la situation que vit l’Islam Sunnite qui, s’il a un Dieu, un
Prophète et des doctrines plus ou moins proches, ne dispose point d’un
porte-parole ou d’une autorité morale consacrée, capable de filtrer, contrôler,
censurer les exégèses; ce qui lui vaut de se faire interpréter par une
foultitude de nouveaux prophètes qui tirent leur notoriété et souvent aussi leurs richesses de leur
fatwas…
Des fatwas
à en veux-tu en-voilà, des fatwas à volonté
et dont l’excentricité fait l’intérêt ;
des fatwas qui disent la chose et son contraire, qui justifient ce qui, hier
était tabou, qui autorisent ce qui était
séculairement proscrit ou proscrivent ce qui était séculairement permis.
Des
fatwas salaces parce que leurs auteurs savent que la salacité en ces terres de
l’interdit sont payantes, des fatwas misogynes parce que leurs auteurs savent
toutes les frustrations que cultivent leurs auditoires, des fatwas qui font la
part belle aux violences car leurs auteurs connaissent tout le potentiel de
férocité caché par les peuples auxquels elles sont destinées parce que trop
longtemps asservis et brimés…
Mais cette
frénésie exégétique et ce foisonnement d’imams cathodiques s’explique aussi,
comme tout commerce, par le principe consacré de l’offre et de la demande...
Très souvent, pour ne pas dire toujours, c’est le peuple qui oriente le
prêcheur en eau trouble vers la fatwa qui assouvit son désir, son intérêt, ses
pulsions, ses besoins, ses ressentiments… l’Imam de circonstance ne joue alors
que le rôle d’alibi religieux ; et quand il refuse, par honnêteté, comme le
valeureux Cheikh El Bouti, de s’inscrire dans la logique qu’on veut lui imposer
et qui se situe souvent aux antipodes de l’esprit de la foi qu’il professe, il
se fait crucifier par les rhéteurs, sous
les applaudissements des zélotes…
C’est cette
propension à adapter l’homme à la bassesse de son instinct et non à l’élever à
la hauteur de son esprit qui a permis un jour, en ces terres, à d’arrogants, tonitruant et haineux
Savonarole de
s’imposer au détriment du monument de modestie, de sagesse et de raison que fut Abderrahmane El Djillali…