Bonjour... Nous sommes le 14 janvier 2016... Il est 7h et
la sécheresse et le cirque continuent...
Hier en rentrant chez moi, j'ai pris en auto-stop un
travailleur d'une usine... nous avons parlé de ce mauvais temps qui empêche la
pluie de tomber puis, de fil en aiguille, il m'a raconté la misère du smicard
mais en la relativisant car il y'a pire: c'est celle du commerçant...
Il en connaissait un bout car avant de devenir salarié, il
s'était essayé au commerce...
il m'a parlé de la caisse d'assurance et de ses lourdes
cotisations sans véritables contreparties et de l'angoisse et de la détresse
qui prennent l'assujetti au moment où il lui faut trouver de quoi s'acquitter
de cette charge... il m'a parlé de l'impôt qu'il faut verser quel que soit le
volume d'affaires réalisé et des insomnies de 3h du matin quand dettes et
créances commencent à jouer la sarabande dans la tête du commerçant qui n'est
sûr de rien et qui regarde dormir ses enfants en ne sachant pas de quoi sera
fait demain...
Un jour m'a t'il dit, je suis allé au Souk Sidi Aissa pour approvisionner mon épicerie...
n'ayant pas trouvé grand chose, j'ai ramené pour 4000 Da de jouets en plastique,
juste pour amortir en partie les frais du voyage et donner quelques couleurs à ma bicoque... Au retour, je suis tombé sur un barrage... Comme
c'était presque la fin de l'année, je savais que j'allais être verbalisé car c'est
une période où on ne pardonne pas, les carnets de contravention en fin de
validité ne devant pas être remisés inutilement...
J'aurais aimé avoir un feu qui ne marchait pas... j'en
aurais eu pour 2000 DA seulement... j'aurais consenti une dépense quatre fois
plus forte que ce que j'escomptais tirer de ma journée mais c'est un aléa si
habituel qu'il en était devenu acceptable...
Tout étant en ordre, on alla trouver d'autres motifs à
contravention... le registre de commerce était au nom de mon frère et on m'en
dressa PV, puis on m'exigea la facture d'achat des jouets; ne pouvant la
produire parce que tout le monde sait que personne ne délivre de factures en
souk ou ailleurs, on m'en dressa aussi PV...
Le tribunal me convoqua quelques jours plus tard... je me
suis retrouvé en salle d'audience avec des dizaines de petits commerçants de ma
catégorie et qui avaient gravement enfreint les lois de la république... Le
défaut de présentation de factures d'achat était payé ce jour là à 30000 DA
pour les absents et 20000 da pour les présents... j'écopais de ma peine sans
sourciller parce que je me considérais logé à la même enseigne que mes pairs...
Je restais en salle attendant ma seconde comparution...
Quand vint mon tour, la juge s'essaya a un trait d'humour
en me voyant pour la seconde fois.
"Dhork n'ta wach n'dir
bik !" (et maintenant que dois je faire de toi ?) me dit
elle avec le sourire...
Lassé par l'épreuve, je lui répondis;
" zidili zoudj okhrine ou khallini n'roh ! (Ajoutez
moi deux autres millions et laissez moi partir !)
Elle eut pitié de
moi et m'infligea une amende de 1000 DA…
21000 DA alors que ce que j’espérais tirer de cette
journée ne dépassait pas 800 DA…
J’ai décidé ce jour là de mettre un bémol à toutes mes
ambitions de liberté et d'auto suffisance et de me trouver un travail salarié et depuis que j’ai réussi
à me caser au SMIG, j’ai perdu mes insomnies. Il m’a juste fallu moduler mes
dépenses en fonction de mon salaire… C’est difficile mais pas impossible…
Je voulais vous raconter cette histoire qui résume l’immense
entreprise de castration collective que
commet l’administration avec l’aide de la justice en se déconnectant totalement
d’une réalité pourtant connue de tout le monde et dont elles sont en très
grande partie responsables… C’est en exagérant un formalisme qu’elles savent
pourtant de simple façade qu’elles favorisent
l’informel et l’économie parallèle…
Dans un pays qui ne pratique pas la politique de ses moyens et
refuse de se doter des moyens de sa politique, la répression ne peut absolument
pas faire basculer les citoyens vers le respect des Lois… Elle ne peut en faire
que des salariés amorphes ou des trabendistes entreprenants…
Et si vous détectez un blasphème dans ce que je dis, astaghfirou Allah !... rani ma goult walou !
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